Elle a un écran verdâtre, un son minimaliste, et un processeur qui ferait rire une montre connectée. Et pourtant, la Game Boy reste l'une des machines les plus marquantes de l'histoire du jeu vidéo.
Derrière sa façade austère se cachent des anecdotes techniques, des choix de design radicaux, et des histoires que peu de joueurs connaissent vraiment. Voici 11 faits qui prouvent que la Game Boy n’était pas qu’une console portable, mais un manifeste d’ingéniosité.
La Game Boy est la première console à être allée dans l'espace
En 1993, une Game Boy équipée de Tetris décolle avec le cosmonaute Aleksandr Serebrov à bord de la station spatiale Mir. Pendant 196 jours, il y joue en apesanteur. La console encaisse 3000 orbites autour de la Terre sans broncher. À son retour, elle est vendue 1220 dollars aux enchères pour une œuvre caritative !
📚-JV Fact 494
— Vota (@Votacorsa) January 13, 2025
Tetris est le 1er jeu a avoir été joué dans l'espace !
C'est le cosmonaute russe Aleksandr A. Serebrov qui emmena une Game Boy et Tetris durant une mission spatial en 1993 pic.twitter.com/iFUTfelJ6t
La date de la première idée concernant la création de la Game Boy
Avant même les premiers prototypes en 1986, l’idée d’une console portable germe dans l’esprit de Gunpei Yokoi dès 1979. Alors cadre chez Nintendo, il observe un homme d’affaires tuer le temps dans un train en tapotant distraitement sur sa calculatrice.
Ce geste anodin fait tilt : il y a une demande pour un divertissement électronique simple, accessible et mobile. De cette observation naît le concept fondateur des Game & Watch, puis de la Game Boy. Une console pensée non pas comme une vitrine technologique, mais comme un objet du quotidien, pensé pour accompagner les joueurs partout — discrète, robuste, et intuitive.
Le premier Game & Watch et l'influence sur le design de la Nintendo DS
En 1980, Nintendo sort Ball, premier jeu de la gamme Game & Watch. Conçue par Gunpei Yokoi, c’est la première console portable de la marque.Quelques années plus tard, certains modèles adoptent un design pliable avec deux écrans superposés. Ce format sera repris en 2004 pour la Nintendo DS, qui s’en inspire directement, aussi bien dans l’apparence que dans l’ergonomie.La DS n’est donc pas un concept inédit : elle prolonge une idée née 24 ans plus tôt.
La première introduction de la croix directionnelle
En 1982, la version Game & Watch de Donkey Kong introduit pour la première fois la croix directionnelle, ou D-pad, imaginée une fois de plus par notre cher Gunpei Yokoi. Une invention simple, économique et ultra précise, qui remplace les sticks encombrants.
Ce composant devient rapidement un standard de l’industrie. Il sera intégré à la NES dès 1983, puis adopté par presque toutes les consoles. La D-pad de Yokoi recevra même un Technology & Engineering Emmy Award des décennies plus tard.
La raison pour laquelle la Game Boy a été plus populaire que d'autres systèmes plus puissants
Contrairement à la Game Gear ou à l’Atari Lynx, la Game Boy ne mise pas sur la performance. Une ligne directrice qui continue d'animer Nintendo aujourd'hui, preuve en est avec la Switch. La Game Boy donc, avec son écran monochrome, son processeur 8-bit et son absence de rétroéclairage sont des choix délibérés. Tout est pensé pour optimiser la consommation énergétique.
Grâce à une architecture proche des Game & Watch, la Game Boy pouvait fonctionner jusqu’à 30 heures avec quatre piles AA, contre 4 à 6 heures pour ses concurrentes. À cela s’ajoute un coût de fabrication plus bas, une fiabilité mécanique supérieure, et un catalogue de jeux plus accessible. Nintendo n’a pas cherché à impressionner, mais à durer. C’est ce qui a assuré son succès commercial.
Un écran vert et noir, choix dicté par la lisibilité
L’écran LCD de la Game Boy affiche des sprites noirs sur un fond vert. Ce n’est pas un choix esthétique, mais une décision technique issue des phases de test. À l’époque, les dalles LCD n’offraient qu’un contraste limité. Le vert a été retenu, car c’était la couleur qui offrait la meilleure lisibilité face aux pixels sombres, sur un écran non rétroéclairé. Un compromis entre visibilité, coût et consommation énergétique.
Comment une Game Boy a survécu à une explosion de bombe ?
Pendant la guerre du Golfe, une Game Boy appartenant à un soldat américain est prise dans un bombardement. La coque est partiellement fondue, les plastiques déformés. Pourtant, la console fonctionne toujours.Cette résistance exceptionnelle tient à la conception robuste de la machine : circuits simples, composants peu sensibles à la chaleur, et boîtier dense. Elle est aujourd’hui exposée au Nintendo World Store de New York, témoin d’une fiabilité rarement égalée dans l’électronique grand public.
Cette Game Boy à vraiment survécue à une bombe lors de la guerre du Golfe entre 1990 -1991et vous pouvez la retrouver au Nintendo World Store de New York (où je l'avais vue en direct). Assez impressionnant de voir ça, et la résistance de cette bestiole magnifique 🕹️ pic.twitter.com/emxa3QADyk
— Conkerax (@conkerax) August 8, 2018
Une Game Boy en or vendue pour 29 500 dollars
Le bijoutier Asprey, basé à Londres, a conçu l’une des Game Boy les plus chères jamais produites. Entièrement recouverte d’or et sertie de diamants autour de l’écran, elle pèse près de six fois plus qu’un modèle standard. Vendue pour 29 500 dollars, cette version n’a rien d’un objet destiné au jeu. C’est une pièce de collection, rare, conçue comme un symbole de luxe à une époque où la console était déjà une icône culturelle.
En Corée du Sud, la Game Boy s’appelait Mini Comboy
À cause d’un embargo commercial sur les produits japonais après la Seconde Guerre mondiale, Nintendo ne pouvait pas distribuer directement ses consoles en Corée du Sud.
Pour contourner cette restriction, c’est Samsung qui se charge de la distribution à partir des années 1990. Les consoles sont rebaptisées pour le marché local : la Game Boy devient la Mini Comboy, la NES la Samsung Comboy et la Super NES la Super Comboy. Même hardware, autre nom, autre diffuseur.
La Game Boy Camera, plus qu’un gadget
En 1998, Nintendo commercialise la Game Boy Camera, un accessoire capable de prendre des photos en 128x112 pixels. À sa sortie, elle décroche le record de la plus petite caméra digitale jamais produite. Pensée comme un jouet créatif, elle se connecte à la Game Boy et peut s’utiliser avec la Game Boy Printer pour imprimer les clichés. Malgré sa faible résolution, l’accessoire marquera les esprits — au point que Neil Young l’utilisera pour la pochette de son album Silver & Gold.
La Super Game Boy : une Game Boy dans une cartouche SNES
En 1994, Nintendo lance la Super Game Boy, un adaptateur permettant de jouer aux jeux Game Boy sur un téléviseur via la Super Nintendo. Contrairement à une simple émulation, la cartouche contient les composants internes d’une vraie Game Boy — sans écran ni boutons.
C’est cette intégration matérielle qui garantit une compatibilité parfaite avec les jeux originaux. La Super Nintendo ne fait que transmettre l’image à l’écran et gérer les commandes. Une solution élégante, fidèle à l’expérience portable, mais transposée au salon.